Wednesday, June 29, 2016

Le nouveau recteur de l'Université d'Haiti Fritz Deshommes répond à Haiti Liberté

Par Fritz Deshommes, Recteur

Fritz Deshommes
Monsieur Berthony Dupont
Directeur de Haïti Liberté
En ses Bureaux.

Monsieur le Directeur,

Des menaces proférées contre ma personne le vendredi 24 juin 2016 par des personnes se présentant comme étudiants de l’UEH ont porté certains amis à attirer mon attention sur un article intitulé « Fritz Deshommes, le Recteur contesté »  paru  récemment  dans votre hebdomadaire sous la signature de  J. Fatal  Picard.

Ces menaces ont été exprimées à l’occasion de l’irruption violente de 3 individus à la Maison de la Recherche de l’UEH, assortie de bris de vitres et autres dégâts. Ils disaient à qui voulait les entendre qu’ils étaient venus  « tordre le cou  à  Deshommes en tant que membre du groupe des 184 ». Ils s’étaient détachés d’une manifestation destinée pourtant  à  réclamer à  l’UEH « sifraj inivèsel, sèvis kopi, lojman, transpo, kat sante, bonjan bibliotèk ».

L’accusation ou le reproche concernant mon statut de membre du groupe des 184 a étonné plus d’un, surtout ceux qui connaissent mon parcours professionnel, académique et intellectuel.
On m’a alors appris la source de l’information admise et affirmée comme une verité élémentaire : l’article mentionné plus haut. Des amis me l’ont fait parvenir en une page dans laquelle n’apparait ni la date ni le numéro de l’édition. Mais j’imagine que vous pouvez vous y retrouver.
J’ai lu l’article en entier. J’y ai relevé de nombreuses et graves inexactitudes. Je me suis dit qu’il serait utile de vous les signaler.

1- Votre collaborateur affirme : « Pour mémoire et pour  l’histoire, Fritz Deshommes était le responsable des relations publiques du Groupe des 184 ».  

"La vérité est que je n’ai jamais été membre du Groupe des 184, encore moins son porte-parole. Mieux encore, je n’ai jamais participé à  aucune réunion de ce groupe, ni  comme observateur, ni comme invité. L’information parait simplement insolite. Bien entendu j’aurais pu participer à ce mouvement comme l’ont fait plusieurs compatriotes respectables. Je crois en avoir le droit. Mais j’avais simplement fait d’autres choix."--Fritz Deshommes

2- « Feignant d’être un révolutionnaire quand il est en terre étrangère, sitôt rentré au pays il s’arrange pour se placer dans les rangs de cette oligarchie de contrebandiers … », affirme votre collaborateur.
« Un révolutionnaire en terre étrangère » ? Je n’ai jamais vécu a l’étranger, sauf quand je faisais mon Master au Honduras, il y a déjà plus de 25 ans.  Quand je voyage pour des raisons professionnelles, académiques ou familiales, il m’arrive rarement de faire des déclarations publiques. J’ai bien entendu publié plusieurs ouvrages. Mais eux tous sont édités, imprimes et publies en Haïti. Il n’y a pas encore un mois que certains d’entre eux sont disponibles sur Amazone.  Je n’ai donc pu l’occasion de me faire connaitre à l’étranger, ni comme « révolutionnaire »  ni comme autre chose.
Quant à la  place que l’article tient à me réserver « dans les rangs de cette oligarchie de contrebandiers », je ne sais pas si j’en suis vraiment digne. Les deux concepts m’intéressent : oligarchie et contrebandiers.

Je commence par le deuxième : « contrebandiers ». Savez-vous, Monsieur le Directeur,  que  je suis un ancien douanier. Et un ancien Directeur Général des douanes ? Et que j’ai eu l’occasion de combattre directement la contrebande.  Une carrière douanière de 16 années. Un parcours public marque au coin du renforcement de l’institution et du combat contre toutes sortes de fraudes, de contrebande et de contrebandiers. Souvent au péril de nos carrières et de nos vies de jeunes professionnels zélés,  recrutés sur concours,  au service de l’Etat. Souvent contre de puissants militaires, d’influents VSN et autres  oligarques de tous poils. J’aime souvent rappeler que, lors de mon passage comme Directeur Général des Douanes, les recettes douanières avaient augmenté de 50%,  sans augmentation de tarif, sans renforcement d’infrastructures. En luttant contre la contrebande et la fraude douanières.

Je suis aussi un ancien journaliste, un économiste, un écrivain. Je suis l’un des rares économistes haïtiens à avoir écrit sur la contrebande, à l’avoir dénoncée  vertement. Mes articles parus dans la Page Economique du Nouvelliste (1984-1988), mes ouvrages, mes conférences sur le sujet,  sont là pour en témoigner. Déjà mon premier ouvrage,  intitulé « Vie Chère et Politique Economique en Haïti » paru en 1992,  contient tout un chapitre  sur le phénomène, avec pour titre : « La contrebande notre ennemie à  tous ».


Enfin, je suis le premier  économiste haïtien, et l’un des rares en tout cas,  à avoir dénoncé la contrebande comme faisant partie du paquet néolibéral, soit comme instrument de  libéralisation du commerce extérieur, soit comme outil de lutte contre la cherté de la vie. Des ministres des finances ne s’en sont pas cachés : Leslie Delatour (1987) et Wiener Fort (1992). Sur ce point je vous réfère à mon ouvrage « Néo-libéralisme, Crise Economique et Alternative de Développement » paru pour la première fois en 1993  dont la dernière édition remonte à  2014.

J’en arrive au 2e concept : l’oligarchie. Je m’arrangerais donc pour me  placer dans les rangs de l’oligarchie haïtienne. Je souris largement. Car il me manquerait tellement d’atouts pour y parvenir : mes pratiques, ma pensée, mes écrits,  mes convictions,  mes fréquentations, mon compte en banque, mes valeurs, tout jouerait contre moi. Je ne puis que vous référer à mes ouvrages, à mes articles, à  ma pensée économique et politique pour que vous vous en fassiez une  idée. Et je serais heureux que vous puissiez y trouver  une seule pensée favorable à cette oligarchie.  Croyez-moi, Monsieur Dupont, en 40 ans de vie publique, professionnelle et intellectuelle, qu’il s’agisse de ces moments où l’on ne se parlait que par signes, ou de ces autres  marqués par le règne de la cacophonie stérile, mes orientations ont été claires, constantes, cohérentes, transparentes. 

3- « Selon des informations difficiles à vérifier, Deshommes aurait une maitrise en Economie décrochée au Honduras », informe l’auteur de l’article. Pourtant à l’heure des technologies de l’information et de la communication, les informations concernant le diplôme ou le grade obtenu par un étudiant font partie de celles que l’on vérifie le plus facilement au monde. Il suffit de s’adresser à l’Université concernée. Dans mon cas précis, il s’agit de l’Université Nationale Autonome du Honduras. Mais entretemps, je me ferais un plaisir de partager avec votre rédaction :
- Le diplôme proprement dit ;
- Les attestations de ce diplômes émise  tant par l’Université d’origine  que par l’Université utilisatrice ;
- Les preuves de l’existence de ce diplôme (mémoire de sortie, liste officielle  des gradués du programme, etc..) ;
- Les fruits de ce diplôme (étudiants haïtiens ayant bénéficié de bourses d’études à la même université grâce à  ce diplôme).


4- Votre collaborateur persiste et nous apprend que « ce Fritz Deshommes soudoyait les etudiants déclassés pour qu’ils rejoignent les rangs des contrebandiers de l’oligarchie ». Cela s’appelle avoir de la suite dans les idées. J’ai déjà dit mon mot sur l’oligarchie et les contrebandiers. J’aurais quand même aimé vérifier l’information concernant le « soudoiement » des étudiants « déclassés » : leurs noms et prénoms,  leur nombre, les montants en jeu, les résultats de cette action, les positions qu’occupent actuellement ces « déclassés ». Sont-ils encore « déclassés » ou sont-ils entretemps devenus des oligarques à  part entière ?

5- « Fritz Deshommes étant à  la tête de l’UEH, Apaid doit se frotter les mains autant il peut bien enjoindre le nouveau recteur… à transformer toutes les facultés en usines de sous-traitance », conclut l’article.

Savez-vous, Monsieur le Directeur, que je fais partie des économistes haïtiens qui aient le plus écrit sur la sous-traitance en Haïti. Ou plus précisément contre la sous-traitance comme moteur de l’économie haïtienne, comme secteur privilégié par les politiques publiques, comme la panacée des bailleurs de fonds internationaux. Depuis mes premiers articles parus sous la dictature. Jusqu’aux éditions revues et corrigées de mes ouvrages sur le néolibéralisme (2014) et sur le « Plan Américain pour Haïti » (2016). En passant par celui écrit spécifiquement sur le secteur, intitulé : « Salaire minimum et sous-traitance en Haïti » paru en 2010.

  J’aurais pu relever d’autres inexactitudes contenues dans le même article, comme par exemple, cette note à  laquelle fait référence votre collaborateur tendant à  faire croire que les récentes  élections à  l’UEH auraient  été illégitimes  et   qui aurait été signée par une dizaine de membres du Conseil de l’Université  alors qu’en fait seulement trois y ont apposé leur signature, les autres noms ayant été simplement ajoutés, encore que certains d’entre eux n’occupaient d’ailleurs plus les postes qui les habiliteraient à  le faire : Doyen de Faculté, représentant de professeurs. Mais je  préfère m’en tenir aux plus criantes, aux plus évidentes inexactitudes.

Pourtant j’aurais bien aimé être soumis aux feux de vos critiques, pouvoir identifier nos désaccords. Mais sur la base de la vérité. Je ne me suis pas reconnu dans le portrait que votre collaborateur a voulu faire de moi. Et comme je suis un homme public, comme ma pensée et mes convictions sont publiques, il est très facile de vérifier, de comparer.

Comment vous sentiriez-vous, Monsieur le Directeur,  si les assaillants de la Maison de la Recherche avaient pu mettre leurs menaces à exécution, sur la base d’une  information erronée, diffusée par votre hebdomadaire ?   

J’en prends occasion pour vous assurer, Monsieur le  Directeur, de ma considération distinguée.

Fritz Deshommes


NDLR: L'édition du Journal Haiti Liberté à laquelle répond Fritz Deshommes est datée du 1 au 7 juin 2016 (Vol.9-No 47)

Featured Post

La diaspora haïtienne aux Etats-Unis d’Amérique régresse et le constat est alarmant

 Par Kerlens Titus Il y a des réflexions qui ne sont pas à la portée de tous, mais qui doivent être faites. La diaspora haïtienne aux Et...