samedi 3 janvier 2026

Les personnalités et faits marquants de l’année 2025

Depuis 2008, fidèles à une tradition de rigueur et de mémoire, nous revenons chaque fin d’année sur les faits et les personnalités qui ont marqué l’époque. Non pour flatter les puissants, ni édulcorer les réalités, mais pour dresser un état des lieux lucide, parfois inconfortable, de notre temps.


2025 s’impose ainsi comme une année de tensions ouvertes, de fractures géopolitiques et de dignités mises à l’épreuve.


À l’échelle internationale, l’année a confirmé l’essoufflement d’un ordre mondial incapable de répondre efficacement aux crises qu’il produit ou qu’il laisse prospérer. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, n’a cessé de multiplier les appels et les mises en garde, notamment sur Haïti, exposant malgré lui les limites d’un multilatéralisme réduit à l’alerte permanente, sans leviers contraignants ni vision stratégique cohérente. Dans ce vide d’action, les grandes puissances arbitrent avant tout selon leurs intérêts, reléguant les pays les plus fragiles aux marges de la diplomatie mondiale.


Dans ce paysage instable, certaines figures ont cristallisé les aspirations à la rupture. En Afrique, Ibrahim Traoré, jeune leader burkinabè, s’est imposé comme l’un des visages les plus audacieux d’un souverainisme assumé, révélateur d’une recomposition géopolitique plus large, où une partie du Sud global revendique ouvertement la fin des tutelles politiques, économiques et militaires héritées de l’ordre postcolonial.


Aux États-Unis, le retour de l’administration Trump a renforcé une politique
migratoire dure, restrictive et dissuasive, dont les effets dépassent largement le seul cadre sécuritaire. En 2025, la multiplication des expulsions, le climat de peur dans les communautés immigrées et la raréfaction de la main-d’œuvre ont contribué à un ralentissement économique tangible, tout en accentuant la cherté du coût de la vie.

Pour la diaspora haïtienne, ces mesures ont fragilisé les foyers, réduit la stabilité de l’emploi et menacé l’un des piliers silencieux de l’économie haïtienne : les transferts financiers.


Or, dans le contexte haïtien, la diaspora n’est pas un acteur périphérique : elle est un levier de survie nationale. En 2025, alors que l’État haïtien peine à assurer ses fonctions les plus élémentaires, les envois de fonds, les initiatives économiques, médicales et éducatives de la diaspora ont continué de soutenir des millions de familles, amortissant l’effondrement social. Toute politique migratoire restrictive à l’égard des Haïtiens devient ainsi, de facto, un facteur de déstabilisation supplémentaire pour le pays.

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En Haïti, 2025 fut une année charnière, mais profondément minée par la défiance. Fritz Alphonse Jean, figure centrale du Conseil présidentiel de transition (CPT), s’est retrouvé au cœur de la tourmente après des sanctions internationales l’accusant de complaisance envers les gangs — accusations qu’il conteste fermement. Placé sur la sellette aux côtés de trois autres membres du CPT soupçonnés de corruption, il incarne les contradictions d’une transition sous pression, coincée entre injonctions extérieures, luttes internes et perte de crédibilité populaire.



Pourtant, même dans ce climat lourd, l’année n’a pas été entièrement confisquée par la crise. Elle a offert à Haïti des moments rares de cohésion collective. La qualification historique des Grenadiers pour la Coupe du monde 2026 a suspendu, l’espace d’un instant, les divisions, rappelant que la nation conserve une capacité intacte à se rassembler.


Sur le plan culturel, 2025 restera une année de consécration. La reconnaissance du konpa haïtien par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité a inscrit durablement Haïti dans la mémoire universelle. Dans cette même dynamique, l’hommage rendu à Shoubou, voix emblématique de Tabou Combo, lors d’une grande soirée à New York, a rappelé que la diaspora demeure un acteur central de la préservation et de la transmission de l’identité nationale.


En 2025, l’industrie spatiale a subi plusieurs revers majeurs révélant la fragilité technologique du secteur. Des échecs de lancement, des pannes de satellites et des retards dans les programmes lunaires ont mis en évidence la complexité croissante des systèmes et la pression commerciale sur les entreprises. L’année a été marquée par l’explosion du Starship de SpaceX, l’échec partiel du vol inaugural de New Glenn, la perte de centaines de satellites Starlink et une hausse des risques liés aux débris spatiaux. Les missions Artemis ont également été repoussées, soulignant les défis techniques et budgétaires persistants.

L’essor des médias sociaux et ses répercussions surprenantes

En 2025, les médias sociaux ont consolidé leur rôle central dans la communication mondiale. L’explosion des podcasts et des formats courts comme YouTube Shorts a transformé la consommation de contenu, favorisant l’interactivité et la viralité. Nos plateformes de Haïti Connexion et Radio Francophonie illustrent cette tendance, avec des figures comme Gigi Gilbert dans Forever 29 train, dont les émissions dynamiques captivent un public en quête d’authenticité et de proximité.

Mais cette influence ne se limite pas au divertissement : elle s’étend désormais aux sphères politique et judiciaire. L’affaire Candace Owens, personnalité conservatrice américaine, en est la preuve. Accusée par le président français Emmanuel Macron et son épouse Brigitte d’avoir orchestré une campagne de diffamation via des vidéos et podcasts viraux, Owens fait face à une plainte de 50 millions de dollars devant la cour du Delaware. Ce conflit illustre la puissance – et les dangers – des réseaux sociaux, capables de propulser des controverses locales au rang de crises internationales.

En filigrane, une vérité s’impose : la résilience du peuple haïtien, appuyée par sa diaspora, constitue aujourd’hui le dernier rempart. Journalistes menacés, artistes engagés, éducateurs tenaces, entrepreneurs et travailleurs expatriés — ce sont eux qui maintiennent le lien social, la circulation des ressources et la continuité symbolique d’un pays fragilisé. 


Les accusations visant André Apaid Jr — convoqué par la DCPJ dans une affaire mêlant trafic de drogue et d’organes — ont surgi dans un moment où l’État haïtien peine à exercer son autorité. Les institutions judiciaires fonctionnent au ralenti, et la capacité de l’État à enquêter ou poursuivre efficacement est sévèrement compromise. Le scandale Apaid n’est pas seulement une affaire individuelle : c’est un symptôme d’un système judiciaire en crise, miné par la violence des gangs à sapate et à cravate, la corruption, la paralysie institutionnelle et l’effondrement de l’État. Dans ce contexte, chaque affaire sensible devient un test de survie pour la justice haïtienne.


2025 n’a pas produit de héros incontestés. Elle a mis à nu les failles du système international, les contradictions des politiques migratoires et la dépendance structurelle d’Haïti à une diaspora devenue acteur géopolitique à part entière. 


L’année 2025 a aussi rappelé, avec force, que Haïti tient encore debout par sa culture, sa dignité et une solidarité transnationale que rien n’a réussi à briser.


Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à toutes celles et ceux qui ont contribué à la rédaction de ce retour en arrière. Votre rigueur, vos analyses et votre sens du détail ont 

donné à ce travail la clarté et la profondeur qu’il mérite.


Nos remerciements s’adressent également aux collaborateurs qui œuvrent dans l’ombre — celles et ceux qui vérifient les informations, organisent les documents, relisent les textes, coordonnent les échanges et assurent la cohérence de l’ensemble. Votre engagement discret mais essentiel rend chaque publication possible.


En cette nouvelle année, nous vous adressons nos vœux les plus sincères.

Que 2026 soit une année de courage, de lucidité et de renouveau.


Qu’elle apporte à chacun la force de poursuivre, la créativité pour imaginer autrement et l’espoir nécessaire pour bâtir un avenir plus juste !


Merci pour votre professionnalisme, votre disponibilité et votre dévouement. Ensemble, nous avançons avec conviction et détermination.


Radio Francophonie Connexion / Haïti Connexion Network



jeudi 1 janvier 2026

La soupe au giraumon n'est pas seulement un simple geste social

 Version française

Édito du 1er janvier — Haïti cherche un nouveau visage, et c’est à nous tous de le porter

Par Carl Gilbert

Le 1er janvier n’est pas seulement une date dans le calendrier. C’est une lumière qui se lève chaque année pour nous demander : qu’avons‑nous fait de l’héritage de nos ancêtres ? C’est le jour où chaque Haïtien porte avec lui l’esprit de la soupe au giraumon — non seulement dans le bol, mais dans la manière de partager chaleur, respect et mémoire avec les autres, même ceux qui sont loin. 

La soupe n’est pas un repas ; c’est un message : "Je te vois. Je reconnais ta dignité." Si chaque Haïtien portait cet esprit toute l’année, Haïti aurait déjà un autre visage.

- Le premier changement consiste à mettre toute notre vie, tout notre esprit, toute notre dignité dans nos actions pour le pays. Le 1er janvier n’est pas seulement un jour de célébration ; c’est un jour de renouvellement. Chaque Haïtien doit entrer dans la nouvelle année avec la volonté de servir, de bâtir, de corriger, de relever la tête du pays.

- Le deuxième changement exige que nous abandonnions la mentalité du crabe. Nous ne pouvons pas continuer à nous tirer vers le bas, à jalouser et à détruire ce que l’autre construit. Chaque fois que nous le faisons, ce n’est pas l’individu que nous blessons : c’est Haïti.

- Le troisième changement, c’est de rejeter la formule “chaque luciole éclaire pour soi” --Chak koukou klere pou je l. 

Cette idée nous a trop affaiblis. Un pays ne se reconstruit pas avec des lumières isolées, mais avec des lumières partagées, comme un phare.

C’est en pratiquant “l’union fait la force” dans la vie quotidienne — en famille, dans les quartiers, au travail, dans la diaspora — qu’Haïti commencera à changer de visage. Le changement ne tombe pas du ciel ; il naît des mains de ceux qui décident d’agir.

Kreyòl

Ayiti ap chèche yon lòt vizaj, e se nou tout ki dwe pote l

Premye janvye pa sèlman yon dat nan kalandriye a. Se yon limyè ki leve chak ane pou mande nou: kisa nou fè ak eritaj zansèt yo. Se jou kote chak Ayisyen pote espri soup joumou avè l — pa sèlman nan bòl la, men nan fason li pataje chalè, respè, ak memwa ak lòt moun, menm lè moun sa yo byen lwen. Soup joumou se pa manje; se yon mesaj: “Mwen sonje ou. Mwen rekonèt diyite ou.” Si chak Ayisyen ta pote espri sa a tout ane a, Ayiti ta deja gen yon lòt vizaj.

Premye chanjman an, se pou nou pote tout lavi nou, tout lespri nou, tout diyite nou nan fason nou aji pou peyi a. Premye janvye se pa yon jou pou selebre sèlman; se yon jou pou renouvle angajman nou. Chak Ayisyen dwe antre nan ane a ak volonte pou sèvi, pou bati, pou korije, pou leve tèt peyi a.

Dezyèm chanjman an, se pou nou sispann pote mantalite krab la. Nou pa ka kontinye ap rale youn lòt desann, ap fè jalouzi, ap kraze sa lòt la ap konstwi. Chak fwa nou fè sa, se pa moun nan nou frape; se Ayiti. Yon nasyon pa ka leve sou konpetisyon destriktif. Li leve sou respè, sou kolaborasyon, sou rekonesans valè youn lòt.

Twazyèm chanjman an, se pou nou abandone fòmil “chak koukouy klere pou je l”. Fòmil sa a fè nou pèdi anpil. Li fè nou kwè limyè se yon bagay pou kenbe pou tèt nou. Men Ayiti pa ka rebati ak limyè izole. Nou bezwen limyè ki pataje, limyè ki rasanble, limyè ki gide.

Se lè nou pratike “linyon fè la fòs” nan lavi chak jou — nan fanmi, nan katye, nan travay, nan dyaspora, nan peyi — Ayiti ap kòmanse pran yon lòt vizaj. Chanjman pa tonbe nan syèl; li fèt nan men moun ki deside chanje.

Anglais  (changer la langue en bas)


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