Saturday, July 30, 2016

LES NANTIS DU SAVOIR

LES NANTIS DU SAVOIR

Un plaidoyer pour l'éducation de tous
Par Rodrigue Adrien



L’Europe est Co-dépositaire avec les autres continents du savoir global. En cette fin du 21e siècle, le bilan en termes de réalisations est lourd. Nous avons franchi presque toutes les étapes menant à la civilisation humaine. De la civilisation mésopotamienne en passant par la civilisation Égyptienne jusqu’aux civilisations Grecque et Romaine, le voyage est long pour un esprit aventurier gourmand et curieux de savoirs et de connaissances. Nous avons extirpé toutes les gangues du creuset en vue de l’érection de l’érudition occidentale. Si nous sommes à même d’abreuver aux différentes sources d’où coulent les savoirs modernes sans risques de nous contaminer aux clichés et dogmes ayant nourri les âmes dès la Grèce antique jusqu’au moyen-âge, le crédit revient aux intellectuels et philosophes du 17e siècle jusqu’au 20e siècle après J.C.     Sans ce travail titanesque, nous n’aurions pas pu déceler le vrai du faux, démêler les fils du bien d’avec ceux du mal.

Nous le devons avant tout aux tenants de l’Aufklärung allemand qui militaient contre le bureau séquestrant le savoir, formatant les consciences en vue de réguler, conventionner, stéréotyper le comportement humain. Sans le travail ardu de Descartes, Spinoza, Kant, Rousseau, Voltaire, Nietzsche, Marx, Freud, Hegle, Jacques Derrida, Michel Foucault, Sartre et autres, nous serions encore au stade où Diogène claironnait en plein jour, une lampe aidant, pour trouver un vrai homme. En effet, le concept d’homme est leur ouvrage. Si nous sommes à même de parler d’humanisme aujourd’hui, leurs travaux et militances sont provocateurs. C’est de cette déconstruction de la pensée scolastique qu’a émergé le monde contemporain véhiculant une nouvelle culture visant à dresser le nouvel homme pour qu’il soit capable de discours rationnel et cohérent et d’action concertée.



Nous sommes aujourd’hui le produit de cette nouvelle culture, nous armant pour la déconstruction des idoles, des clichés et des mythes abyssant l’esprit aux confins de l’inhumanité. Les humanistes nous ont légué une vision globale et cohérente du monde de laquelle nous pouvons calquer notre propre paradigme. Dans cet agrégat d’idées, dans cette agglomération de comportement, nous pouvons extraire notre propre forme de pensée sans risque aucun de nous confondre dans la nouvelle mosaïque mondiale. L’idée se calque du donné universel schématisant l’esprit pour qu’il soit capable du vrai, du nouveau et de l’authentique. Nous sourçons tous du même socle, la variation n’advient que de l’exigence d’adaptation à notre milieu en vue de construire un nouvel édifice protecteur de nouveaux spectres provenant de l’environnement dont on cherche à dépolluer et à dépolariser. En fait, chez soi tout le monde se dote d’une fenêtre pour s’ouvrir au monde afin de le repenser et d’une clôture identitaire où se prémunir contre les réactions épidermiques et allergiques. De là, s’accentue et s’accélère un processus de singularisation, de normalisation et sélection des idées constructrices de la pyramide d’un savoir libérateur des dogmes enregistrés, des clichés amalgamés risquant de fissurer l’esprit gourmant de la  clarté et de l’évidence dans tout ce que l’homme, pour renaître de la civilisation génitrice du savoir a accumulé. C’est en se vidant de la charge civilisationnelle qu’’on se renouvelle l’énergie créatrice, qu’on se charge d’une nouvelle gnose purificatrice des débris accumulés tout au long du processus de formatage par le système pour mieux intégrer le monde .En ce sens, l’éducation première s’avère un atout, voire des lunettes pour regarder le monde avant d’oser le dévisager pour le déconstruire et l’humaniser.


L’éducation est propédeutique à notre initiation au monde en vue de l’adaptation et l’orientation vers la convivialité. Les dogmes, clichés, codes et symboles sont constitutifs d’un prérequis pour intégrer le monde avant de pouvoir prétendre à le déconstruire pour mieux le fonder et le consolider. En ce sens, la transmission du savoir est axiologique de l’orientation qu’on se donne en vue d’un détour récapitulateur de notre parcours pour mieux nous canaliser dans le chemin qu’on trace en marchant. L’éduquer est celui s’étant ouvert au monde en vue d’explorer et d’apprendre tout ce qu’il y a à comprendre la structure structurante avant de la déconstruire pour avoir une singularité, voire une originalité vidée tous carcans et choix imposé pour s’uniformiser et être comptés du rang des tenants du savoir.

Le savoir est un ensemble de valeurs, de codes, de signes, de symboles et de clichés élaborés par une intelligentsia en vue de la communication, la proximité, la coexistence et la convivialité. Ce sont des préceptes conventionnés par un groupuscule pour l’universalisation et la valorisation des donnés en vue du bon fonctionnement et de la bonne interaction des individus dans la communauté. D’où il suit que l’individu étant exclu à ce type d’enseignement, est à fortiori démounisé, zombifié, abêti, voire même annihilé. Dans ce même ordre d’idées, nul ne doit s’étonner de voir le résultat d’une société se livrant à la pratique ancienne de la séquestration du savoir différent de celui prisé par la minorité le pratiquant à dessein. D’où la révision de la formule mise en avant pour justifier le retard des pays du sud par rapport aux pays ayant joui des privilèges d’industrialisation dès l’aube du 19e siècle.

Le processus de normalisation de la condition des pays du sud par l’éducation remonte aux années de 1940, date où ils commencent à se réveiller et se révolter en vue de la reconquête de leurs indépendances et autonomies.

En Haïti l’éducation n’a été normalisée dans les grandes villes que dans les années quarante et cinquante. D’où il appert impossible et même anachronique d’arguer l’indépendance conquise depuis 1804 pour signifier notre retard par rapport aux pays occidentaux. Le nivelage par rapport aux autres doit se faire à partir des années où l’on commence à monter des structures universitaires en vue de la planification du développement et de la normalisation des droits en Haïti.



Nous tenons donc pour vrai que les illettrés ou, en d’autres termes, les non scolarisés, n’ont pas une dimension humaine moindre que les esclavagisés. Car le distinguo entre barbare et civilisé c’est que l’un est nanti de tous les outils le conditionnant à évoluer au même niveau que quiconque ailleurs et l’autre exclu à l’utilisation des schèmes de pensées et des clichés le permettant de s’insérer dans le monde moderne.

Il s’en suit donc que l’homme d’aujourd’hui, ne pouvant pas se scolariser pour intégrer la structure construite par le système pour surveiller et punir, se ravale indubitablement au même niveau que des esclaves de la colonie de Saint-Domingue ou ceux de l’Egypte des pharaons, ou du moins ceux de la Grèce antique sous-Périclès et la Rome antique au temps des César.


A vrai dire, une société où l’éducation est un luxe réservé aux nantis de la haute bourgeoisie et de la classe moyenne, cette société est vouée à sa perte du point de vue humain. Car, l’éducation est vectrice d’humanité, de dignité et d’identité par excellence. La thèse d’Ivan Illich autour d’une société sans école est encore valable et mérite donc d’être agitée et appréciée à sa juste valeur de manière à équilibrer les rapports humains et à adapter la société haïtienne et celle des pays du sud à l’ère de la modernité.

Rodrigue ADRIEN

Illustrations: HCN

Biographie de l’auteur :
Le professeur Rodrigue ADRIEN est né le 15 septembre à Corail. Il est père de famille et président du Combite 33, une organisation à vocation sociale, culturelle, politique, économique et diplomatique. Son champ d’études est la philosophie politique, la Diplomatie et la Géopolitique. C’est un amateur de l’art contemporain, un passionné de sport et de littérature, un observateur de la marche du monde, le penseur de l’autre monde. Il a déjà publié « Espace des Idées » entre 1994 et 1997, une revue de littérature et de philosophie laissant transparaitre l’état d’âme de l’homme du Sud a la fin du 20e siècle. Présentement, il s’attèle à la construction du combitisme et la pensée du sud.






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