Wednesday, December 16, 2015

Notre correspondant en Haiti Raoul Lorfils Jr parmi les lauréats du concours Prix du Jeune Journaliste 2015

Les lauréats du « Prix du Jeune Journaliste en 2015  » 

(Article de Raoul Lorfils Jr.-en bas- qui lui a valu sa prime de l'OIF: Handicap et Transport en Commun en Haïti : A quand la fin de l’enfer ?-Tous droits réservés)


 Le bureau régional de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour les Pays de la Caraïbes (BRPC), a récompensé six (6) jeunes journalistes haïtiens, sur une quarantaine de postulants, dans le cadre de la première édition du « Prix du Journaliste en Haïti/2015 », basée sur les Droits humains.

L'objectif de ce concours était d’ « encourager des jeunes talents journalistiques de s’exprimer en français tant part écrit que par oral ».

Ralph Thomassaint JOSEPH a donc reçu, ce mardi 15 Décembre 2015, sous la tonnelle de la Fondasyon Konesans Ak Libète (FOKAL), le premier prix de la catégorie «Presse écrite» du concours « Prix du Jeune Journaliste en Haïti en 2015 », avec son article intitulé « Un état civil qui marginalise les milliers de gens ». C’est sa deuxième distinction en Journalisme après le prix « Philippe Chaffanjon en 2014 ».  

Les deuxième et troisième prix en categorie « Presse écrite » ont été décernés à Joël Fanfan et Raoul Junior Lorfils. Raoul est un correspondant en Haiti pour Haiti Connexion Network -HCN- . Il assure pour ce réseau social-médiatique la revue hebdomadaire des nouvelles d'Haiti et du monde et il fait également des reportages ponctuels en ce qui concerne l'actu en Haiti.

Michel Joseph, pour sa part, est le lauréat du premier prix de la catégorie « presse radiophonique ». Son reportage s’intitule « Enfants exploités ».

 Lismène Joseph et Robenson Henry sont respectivement les lauréats du deuxième et du troisième prix de la catégorie « Presse radiophonique ». 

Il faut faire remarquer qu’une mention spéciale a été accordée à deux autres jeunes participants (Dumas Macon et Peter Chéry).

12 000 USD, tel est le montant total des récompenses décernés aux gagnants de cette première édition organisée en partenariat avec :  les Ambassade du Canada, de France, de Suisse, de Wallonie Bruxelles, de l’UNESCO, la Direction nationale du Livre (DNL), la Fondation Konesans ak Libète (FOKAL), la Radiotélévision Nationale d’Haïti (RNH), la Radio Métropole, le quotidien Le Nouvelliste, Alter Presse et le Monde Diplomatique. 

Gotson Pierre, journaliste senior, éditeur en chef d’Alter Presse, a assuré la présidence du Jury qui « a fait un excellent travail » selon les différents intervenants et partenaires du concours. Une deuxième édition du « Prix du Jeune Journaliste en Haïti » sera lancée d’ici peu pour l’année 2016.

L'équipe de HCN présente ses félicitations aux heureux gagnants et particulièrement à Raoul dont nous sommes fiers pour son travail assidu au sein de l'équipe.

Lisez les articles des lauréats du « Prix du Jeune Journaliste en Haïti » catégorie presse écrite.

1-https://ayitibohio.wordpress.com/2015/12/16/un-etat-civil-qui-marginalise-des-milliers-de-gens/ « Un état civil qui marginalise les milliers de gens » Ralph Thomassaint Joseph

2-Handicap et Transport en Commun en Haïti : A quand la fin de l’enfer ?
Non-voyants, sourds-muets, manchots ou unijambistes ; les personnes handicapées doivent faire face aux mêmes scénarios typiques du système de transport en commun que nous avons actuellement en Haïti. Vous êtes-vous déjà demandé comment ils font pour se déplacer et vaquer à leurs occupations ? 

Quelques-uns tentent de nous décrire l’enfer qu’ils subissent dans le secteur du transport en commun où prises d’assaut,  luttes, bourrades et glissades sont les règles.

Il est environ 6 heures de l’après-midi, le temps s’annonce pluvieux. A l’angle de la Route des Dalles et de Lalue, se dresse un groupuscule de gens, tous aux aguets et visiblement impatients de rentrer préparer leur dimanche. Tout-à-coup, la petite foule se précipite comme un seul homme vers la première camionnette qui arrive en montant. Après plus de 30 secondes d’intenses bousculades entre les prétendants passagers, le véhicule est bondé. La façade de la station d’essence servant d’arrêt de bus se libère. Tout-le-monde est à bord, sauf moi et cet unijambiste, décemment vêtu, accroché à sa béquille.



« Je ne peux pas suivre ces gens, moi », mâche, d’un ton plaisantin, le quadragénaire handicapé. « Avant le goudougoudou(1), j’avais 2 pieds, je pouvais courir et grimper comme eux. Mais plus maintenant, sinon je me ferais jeter comme un vieux sac », lâche-t-il, dans un ricanement.

A Port-au-Prince, surtout aux heures de pointe, il règne dans le secteur du transport en commun une situation de sauve-qui-peut à laquelle même les plus gaillards n’arrivent à faire face correctement. Dans ces conditions, en plus des routes trop étroites, les égouts à ciel ouvert, les monts de détritus, les mauvais conducteurs et le phénomène des trottoirs transformés en marchés, « pas moins de 10% de la population haïtienne », selon Emmanuel Cossy, Directeur exécutif du Centre National de Défense des Démunis et Handicapés (CNDDH), vit en martyre à cause d’un handicap. « Certains soirs, pour rentrer chez moi après cours, je suis obligée d’affronter des foules agitées pour trouver une place dans un tap-tap », confie Pricile, une étudiante non-voyante de 23 ans.

Sourd-muet, manchot, unijambiste ou autres, tous doivent utiliser les mêmes moyens de déplacement, alors que les automobiles ne sont pas équipées pour être accessibles aux personnes à mobilité réduite, dont les plus affectées - selon certains spécialistes œuvrant dans le domaine - sont ceux avec un handicap moteur. Certains infirmes témoignent devoir parfois passer plus d’une heure d’attente avant d’être acceptés dans un tap-tap, les chauffeurs invoquant un manque d’espace pour accueillir leur chaise roulante ou leur déambulateur. « Et si une personne m’aide à monter dans un taxi, mais ne vient pas avec moi, parfois le chauffeur me fait descendre tout-de-suite, disant qu’il n’aura pas le temps pour m’aider quand j’arriverai à destination » se plaint Béatrice, une ancienne élève de St. Vincent(2) et membre d’une organisation de femmes handicapées.

De leur côté, souvent accusés d’être hostiles à l’égard de ceux que la société haïtienne surnomme les kokobe(3), des conducteurs, passagers et policiers interrogés à ce sujet, s’innocentent et estiment « odieux et condamnable » le fait  d’abandonner une personne handicapée, « mais leur lenteur n’est pas toujours supportable », avoue Job, chauffeur de taxi depuis 13 ans. Du point-de-vue d’un spécialiste des droits humains ayant requis l’anonymat, « les conditions de déplacement actuelles des personnes déficientes résulte de l’insouciance de nos politiques et c’est une violation flagrante des droits de ces individus.  L’Etat doit prendre ses responsabilités, respecter et faire respecter leurs droits », rouspète-il, faisant référence aux Articles 9 (accessibilité), 19 (autonomie et inclusion dans la société) et 20 (mobilité personnelle) de la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées, ainsi que celle de l’OEA, toutes deux ratifiées par l’Assemblée Nationale haïtienne en mars 2009. Il a aussi mentionné la loi haïtienne sur l’intégration des personnes handicapées adoptée en mars 2012.
Camionette pour le transport des infirmes

Afin de pallier les injustices faites aux personnes à besoins spéciaux en matière de transport, en mars 2013, la Handicap International en partenariat avec des organismes nationaux, notamment le Bureau du Secrétaire d’Etat à l’Intégration des Personnes Handicapées (BSEIPH), avait organisé un concours d’idées à l’issu duquel un modèle de tap-tap conforme au thème « tap-tap pour tous » a été présenté par l’équipe gagnante. Félicité par le titulaire du BSEIPH, Gérald Oriol Jr, et financé à hauteur de 250 000 dollars américains par la Canadian Auto Workers (CAW), le projet pilote « tap-tap pour tous », qui  devait voir son prototype lancé depuis octobre 2014, a accusé d’un retard d’un an. 

Bus de transport public doté d'équipement pour le transport en commun de certains invalides
Mais, malgré les difficultés, finalement « 2 autobus réaménagés et adaptés aux besoins des personnes handicapées - dont le plus petit a une capacité d’accueil de 25 à 27 passagers - viennent d’être mis sur la route de Delmas-Pétion ville pour une période d’essai allant du 5 au 9 octobre », informe Gaëlle Benoit, coordonnatrice de l’Unité Accessibilité Universelle du BSEPH, tout en annonçant une prolongation de la date d’essai, en vue d’une meilleure évaluation. « Après, avec les moyens nécessaires, les études et l’aménagement des infrastructures routières, la panoplie d’organismes impliqués dans ce projet pourra envisager d’autres actions, multiplier ces véhicules et étendre le service à travers la capitale et sur tout le territoire national, » renchérit-elle, confiante.

Toutefois, si des « efforts louables » ont été enregistrés dans la lutte pour l’intégration des personnes handicapées en Haïti, du point-de-vue du transport, les résultats sont jusqu’ici peu convaincants. Peut-être, quand la question sera considérée comme une « vraie cause nationale » comme le souhaite Junel Mercier, non-voyant, relationniste du Réseau Associatif National pour l’Intégration des Personnes Handicapées (RANIPH), ces gens pourront jouir de leurs droits, en commençant par celui d’avoir les moyens nécessaires pour se déplacer convenablement au sein du territoire national.

(1)Onomatopée utilisé pour désigner le séisme du 12 janvier 2010
Centre éducatif pour enfants handicapés situé à Port-au-Prince
Appellation péjorative pour désigner une personne handicapée (physique)

Par Raoul Junior LORFILS
Lauréat du 3e Prix du Concours "Prix du Jeune Journaliste en Haiti en 2015" décerné par l'OIF (Organisation Internationale de la Francophonie)
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