Wednesday, May 1, 2013

Les événements du 26 avril 1963 et l’apogée de la barbarie duvaliériste


Les événements du 26 avril 1963 et l’apogée de la barbarie duvaliériste Nous nous excusons auprès de nos lecteurs de n’avoir pas pu publier à la date du 26 avril ce texte à cause de quelques embûches. Mais, l’histoire comme l’amour n’a pas de saison, on la fait et l’apprend chaque jour.

A l’heure où, depuis son ascension à la magistrature suprême du pays par la petite porte, le président duvaliériste Michel Joseph Martelly s’est donné pour tâche de réhabiliter les duvaliéristes et les macoutes, en les replaçant au timon des affaires de la République qu’ils ont littéralement avilie et avaient systématiquement mise à sac ;

à l’heure où, par la faute de l’élite intellectuelle haïtienne, la jeunesse du pays affiche une ignorance pointue de l’histoire des dictatures duvaliéristes père et fils;

à l’heure où un jeune effronté, répondant au nom de Nicolas Duvalier, sans crainte d’attirer la foudre des dieux, tente de blanchir publiquement son monstre de grand-père qui a causé tant de torts à la Nation et à l’humanité ;

à l’heure où, ce 26 avril, des milliers de citoyens se remémorent le souvenir combien amer des cruautés d’un monstre à visage humain appelé François Duvalier qui se croyait investi de droit de vie et de mort sur l’ensemble de la population ; à l’heure où le gouvernement Martelly/Lamothe désacralise la Justice en la mettant en coupe réglée, afin d’empêcher aux victimes de la tyrannie duvaliériste père et fils d’affronter en bonne et due forme leur bourreau Jean Claude Duvalier devant la justice, alors pour le plus grand bien de la jeunesse haïtienne, victime de l’hypocrisie d’une élite intellectuelle en mal d’identité, revisitons les événements de ce 26 avril 1963, au cours desquels le sang de la famille Benoit et de nombreux autres citoyens paisibles coula à flots et arrosa la terre malchanceuse d’Haïti, principalement la capitale haïtienne, sous les ordres d’un animal atteint de la rage nommé François Duvalier, dit Papa Doc. Lesquels événements allaient susciter la colère et la rage du président de la république voisine qui menaçait d’intervenir en Haïti afin de mettre un frein à la fureur du maudit tyran. Mais l’intervention de l’OEA allait aider celui-ci à sauver la face. Pour cette tranche d’histoire combien terrifiante du pays, nous faisons appel aux deux auteurs Bernard Diederich et Al Burt, qui nous relatent, sans passion aucune, la journée ténébreuse du 26 avril 196, dans leur fameux ouvrage Papa Doc et lesTontons Macoutes. Alors, lisez et apprenez l’histoire de votre pays, jeunesse haïtienne. Lisez et informez-vous, Nicolas Duvalier. Vous dont les parents ont nourri de mensonges et de l’horreur du bien. Ah, quel dommage ! Vos assassins de parents ont chié dans votre cerveau et en ont fait une masse de pourriture.

Morisseau Lazarre

« (…) Barbot frappe enfin, il faudra cependant plusieurs jours avant que Duvalier aprenne l’origine du coup. Le vendredi 26 avril1963, à sept heures vingt-cinq du matin, une limousine de la présidence s’arrête devant l’entrée du collège méthodiste, comme elle le fait chaque jour de classe. Les portières s’ouvrent et deux passagers descendent : Jean-Claude Duvalier, un adolescent grassouillet, et sa sœur Simone âgée de seize ans. Tous deux se préparent à pénétrer dans l’école. La limousine est en train de faire demi-tour. Elle a franchi le portail et se dirige déjà dans l’avenue bordée d’arbres, à trois pâtés de maisons du palais. Soudain, une série de détonations. Le chauffeur ainsi que deux gardes s’effondrent, morts. Plus tard, des témoins déclareront qu’ils ont vu une voiture qui semblait attendre l’arrivée de la limousine et une autre qui la suivait. On n’a pas tenté de kidnapper les enfants du président ni même de leur faire du mal. Cela n’apparait pas immédiatement toutefois à cause de la panique qui règne tout d’abord. La plupart des Haïtiens pensent qu’il s’est agi d’une tentative d’enlèvement des enfants et que ceux-ci devaient être rendus en échange d’une rançon de taille, à savoir la démission de leur père « Comme tous ceux qui l’ont précédé, le coup est considéré comme raté. La radio officielle annonce qu’on a attenté à la vie « de deux tout petits ». Comme il fallait s’y attendre, la réaction va être effrayante.

« L’école est cernée par un cordon de troupes. Dans les rues, l’armée patrouille. Autour du palais, derrière chaque arbre et chaque buisson se tient accroupi un soldat à la mine sombre, prêt à tirer. On dresse des barrages routiers et chaque véhicule est fouillé. Les duvaliéristes ont revêtu leur uniforme, qui de la milice, qui des Tontons Macoutes. L’arme à la main, ils déambulent par la ville, appréhendant quiconque est considéré par eux comme un adversaire du régime. La présidence a donné ordre d’arrêter les ex-officiers de l’armée. Comme la radio retentit d’appels aux armes, les parents effrayés se précipitent jusqu’aux écoles et en ramènent leur progéniture, par la crainte du pire.

« Selon ceux qui le rencontrent ce jour-là, la colère de Duvalier est épouvantable. Il est persuadé que seul un tireur d’élite a pu abattre avec une telle vitesse et une telle précision l’escorte qui accompagnait ses enfants. A son avis, il ne peut s’agir que du lieutenant François Benoit. Ce dernier, un Noir de belle prestance, figure parmi ceux qui ont été victimes des purges ayant suivi le complot d’Honorat. Il s’est distingué lorsqu’il suivait les cours de l’école de guerre organisés par les Américains dans la zone du canal de Panama. Spécialité : lutte antiguérilla. Plusieurs années durant, le même Benoit a conduit l’équipe haïtienne à la victoire lors des championnats de tir qui l’opposaient à d’autres formations latino-américaines à Panama. Deux jours auparavant, la police s’est rendue chez le suspect pour lui demander de rendre son fusil. Lorsqu’il a entendu les argousins frapper à l’entrée de la vieille maison de bois qu’occupent ses parents au Bois Verna, Benoit, qui se tenait au deuxième étage, a décidé de résister. Une granade dans chaque main, il s’apprêtait à passer à l’action lorsqu’il a vu la domestique, en bas de l’escalier, qui parlementait avec les policiers, tenant dans ses bras son enfant à lui, un nourrisson. Alors, il a décidé de s’enfuir. S’échappant par une fenêtre sur cour, il s’est faufilé rapidement par les jardins des voisins et après de multiples détours a trouvé refuge à la résidence de l’ambassade dominicaine.

« Persuadé que Benoit est mêlé à l’attentat, Duvalier donne l’ordre à sa garde de commencer les représailles. Aussitôt les hommes s’entassent dans deux camions et débouchent en trombe du palais. Les camions foncent en direction de Bois Verna. Au même moment les parents de Benoit reviennent de la messe à l’église Sacré-Cœur, près de chez eux. La mère de François se fait du souci. Voici deux jours que celui-ci a disparu sans donner de ses nouvelles. D’autre part il n’a pas de linge de rechange. Son mari, l’ancien juge, essaye de la réconforter. Arrive Jean, l’avocat, un autre de ses fils. Ce dernier vient prendre une douche chez ses parents. La distribution d’eau est en effet si fantaisiste à Port-au-Prince qu’il ne peut le faire chez lui. Ayant promis à sa mère qu’il porterait du linge propre à son frère, Jean embrasse ses parents et se rend à l’ambassade américaine où il est employé. Bientôt après, les grades du palais et les Tontons Macoutes vont commencer à répandre la terreur. En cours de route, les camions des tueurs s’engouffrent dans une voie à sens unique, la ruelle Saint-Cyr. Ils vont en sens interdit. Alors qu’ils passent devant la villa où habite la maîtresse de Gracia Jacques, le commandant de la Garde, ils secouent le factionnaire qui se trouve à l’entrée. Ce dernier donne l’ordre de dégager aux automobilistes qui sont garé près de là. Lionel Fouchard, le fils du doyen du tribunal civil, ne réagit pas assez vite. Il est abattu à bout portant. Une collègue de bureau qui l’accompagne va rester des jours durant sans pouvoir parler et perdra l’enfant qu’elle attend une semaine plus tard.

« Armés jusqu’aux dents, les attaquants se lancent à l’assaut de la villa des Benoit comme s’il s’agissait d’une casemate. Au moment où ils débouchent, le vieux couple se tient debout à l’entrée et parle à un visiteur. Une servante s’affaire tout autour. C’est au fusil que les hommes de Duvalier ouvrent le feu. Les vieilles gens et leur interlocuteur sont quasiment coupés en deux. Le tir se poursuit jusqu’au moment où la maison finit par ressembler à un tamis. L’une des servantes arrive à s’échapper. Au coin de la rue, une rafale de mitraillette la cloue au sol. Ensuite les officiers donnent l’ordre de mettre le feu à ce qui reste de l’habitation. « Dans son bureau, au premier étage, repose d’habitude Gérald, l’unique enfant du fils Benoit. Un rapport daté de l’époque signale qu’on l’a évacué avant l’incendie, mais un diplomate sud-américain qui a recherché trace du petit pendant presque deux ans arrivera finalement à la conclusion qu’il est mort dans les flammes qui ont rapidement consumé la construction de bois ainsi que l’habitation voisine. Les pompiers sont sur les lieux mais n’interviennent pas. Tout ce qui les intéresse, c’est d’éviter que le feu ne s’étende à une propriété voisine qui appartient à un ministre de Duvalier.

« La chasse à l’homme commence. Quinze Tontons Macoutes qui sont à la recherche de François surgissent chez son frère Jean. Lorsqu’ils repassent la porte, son épouse terrorisée emballe quelques objets de valeur et s’enfuit. Des amis cacheront le couple jusqu’à ce qu’il puisse trouver refuge à l’ambassade d’Argentine. Mme Jacqueline Benoit est enceinte de huit mois. On vient de l’avertir que les tontons Macoutes sont à sa recherche. Elle n’aura que le temps de s’échapper de justesse avant que les autres n’arrivent à la petite école primaire où elle est institutrice et ne la saccagent. Aux autres enseignants qui viennent d’assister à la scène, les Tontons Macoutes tiennent les propos suivants : « Remerciez le ciel qu’elle ne soit pas là, sinon, ce que vous auriez vu aurait dépassé en horreur tout ce que vous pouvez imaginer. » Mme Benoit trouve asile à l’ambassade de l’Équateur. Toute sa famille est jetée en prison.

« Benoit Armand, un avocat d’âge mûr, est abattu chez lui par les Tontons Macoutes pour la seule raison qu’il se prénomme Benoit.

« La Garde se dirige mainte nant vers la chancellerie de l’ambassade dominicaine, laquelle s’est transportée l’année précédente dans des bâtiments modernes situés route Delmas, entre Port-au-Prince et Pétionville. Les soldats barrent la route et investissent ensuite l’ambassade, la fouillant de fond en comble. C’est alors qu’ils traitent sans aménité une secrétaire dominicaine qu’ils se rendent compte de leur erreur. La règle veut que l’asile politique ne s’étende pas aux bureaux d’une ambassade, mais à la résidence privée de son chef.

« Alors la Garde rejoint les tontons Macoutes à Pétionville et on encercle la résidence de l’ambassadeur. Les assaillants prennent position dans la cours avant de donner l’assaut aux bâtiments où sont entassés vingt-deux réfugiés, dont Benoit. Le chargé d’affaires dominicain s’interpose. Il exige que les autres se retirent, faisant remarquer que l’endroit où ils s’apprêtent à pénétrer jouit du privilège d’exterritorialité. Il est juridiquement considéré comme partie intégrante du territoire dominicain. Les Haïtiens réagissent en grimpant dans les flamboyants qui bordent l’allée d’accès et en établissant des nids de mitrailleuse dans les parages de l’hôtel El Rancho.

« Pendant que ces événements prennent place, la terreur se propage en ville. André Poitevien, un ancien commandant des garde-côtes, est surpris devant sa maison par un détachement de miliciens. Obéissant à l’ordre permanent d’arrêter ou de tirer à vue sur tous les ex-officiers, elles l’abattent.

« La maison des Benoit continue de brûler. A quelques mètres de là, sur le trottoir, gisent deux cadavres. Les mouches s’agglutinent sur leurs blessures. Ils resteront sans être enlevés tout le jour. A côté, un soldat monte la garde. L’un des « cadavres » est un voisin des Benoit. C’est en hâtant chez lui pur y retrouver sa femme et ses cinqu enfants qu’il s’est vu tirer dessus pour s’être approché trop près de la scène du massacre. En dépit de la chaleur des mouches, il fait le mort jusqu’au soir. Ce n’est qu’à la nuit tombée, lorsque le soldat de garde sera parti, qu’il se relèvera, à la stupéfaction des voisins qui l’observaient.

« Le major Monod Philippe est également un tireur d’élite. Ce duvaliériste que l’on s’accorde à considérer comme ancré dans ses convictions se tirera d’affaire mieux que Benoit. Il est commandant de la prison nationale et c’est là qu’on l’appréhende pour l’amener devant Duvalier. Celui-ci l’accueille à coups de gifles sur la bouche. Il ne se passe pas de le frapper ainsi. L’autre aura cependant la chance d’être relâché et reprendra plus tard son poste. La prison dont il a la charge n’est pas très peuplée en vérité. C’est à Fort-Dimanche qu’on emmène directement les centaines de gens arrêtés ce jour-là, ou bien au palais. Le sort de ces prisonniers demeure mystérieux. Tout ce que l’on sait, c’est qu’ils ont disparu. Jamais on n’a confirmé s’ils ont été exécutés sur-le-champ pour être ensuite jetés à la fosse commune de Fort-Dimanche ou bien si on les a maintenus en prison pour servir à Duvalier chaque fois qu’il éprouve le besoin de tuer un être humain. Pendant des années, les failles des disparus conserveront l’espoir que ces derniers sont encore en vie, enfermés dans quelque lointaine. Un jour Duvalier mettra fin à cet espoir en déclarant de nouveau : « Je n’ai pas de prisonniers politiques. »

A bord de leurs voitures, les Tontons Macoutes patrouillent les rues à grand renfort de sirènes. Partout des barrages. Pour traverser la ville ou se rendre sur les hauteurs de Pétionville, il faut des heures tellement les formalités auxquelles on doit se soumettre aux points de contrôle sont fastidieuses, voire brutales. Inconscients du danger qui les menace, plusieurs ex-officiers prennent leur voiture pour aller attendre leurs enfants à la sortie de l’école. Au retour ils sont interpellés aux barrages et disparaissent à jamais. Leurs autos sont poussées sur le bas-côté de la route ou bien dans certains cas ce sont les Tontons Macoutes qui les confisquent. Toute la nuit les arrestations se poursuivent. Au matin, un nouveau problème se pose. Comment obéir sans risque au décret qui ordonne à tous les civils – sauf ceux rattachés aux Tontons Macoutes – de déposer leurs armes dans les commissariats de police ? il ne s’agit pas d’être fouillé à un barrage et qu’on découvre une arme dans la voiture, même si on se rend au commissariat le plus proche à son bord.

« Après l’assassinat des gardes du corps des enfants Duvalier, l’un des premiers hommes que recherche Eloïs Maître, chef d’une bande de Tontons Macoutes, est Eric Tippenhauer. Homme d’affaires bien connu, celui-ci a été en relations professionnelles à la fois avec Estimé et Magloire. Il a la réputation d’être l’un des businessmen les plus rusés d’Haïti. Prévenu par un haut fonctionnaire de la polie que les Tontons Macoutes sont après lui, il quitte aussitôt son bureau en ville et se dirige vers la résidence qu’il possède à la Boule, dans la montagne. Ses jeunes fils, l’un d’eux marié à une américaine, n’ont aucune espèce d’activité politique. La police en arrête trois et on ne les reverra pas. Tippenhauer père est débusqué à son tour dans sa retraite montagnarde. Pour que son trajet jusqu’à la prison lui soit plus douloureux encore, on lui tire dans la jambe.

« Jean Chenet et son épouse américaine dirigent une bijouterie très courue. Ils résident au bord de la mer, à Arcachon, à plusieurs kilomètres au sud de la capitale. Il revient à l’esprit de quelques Tontons Macoutes que Chenet, un artiste a manifesté de l’amitié à Turnier, du vivant de celui-ci. Ils se transportent chez le bijoutier, l’abattent et partent après avoir jeté le cadavre de leur victime dans le jardin de sa villa, côté rue.

« Parmi les centaines de gens que l’on arrête figure André Riobé, un Mulâtre qui possède une plantation de canne à sucre près de Léogane et également une distillerie de « clairin ». Il est sorti de prison voici peu de temps. Il qu’il rentre au de sa voiture à son domicile de Martissant, dans la banlieue, deux Tontons Macoutes l’interceptent. Tandis que son fils Hector réussit à s’échapper, lui disparaît et son automobile est confisquée. Sous le prétexte de garantir la sécurité de leur captif, des Tontons Macoutes se présentent de nombreuses semaines plus tard. Ils dépouillent la faille de tout ce qu’elle possède, y compris les économies placées à la caisse d’épargne. Tandis que sa mère paye la rançon, Hector découvre que son père n’est jamais parvenu jusqu’à la prison. On l’a assassiné en pleine rue. La rancune qui s’empare de lui va le conduire à rejoindre les rangs des activistes et, deux mois plus tard, au cours de son combat contre Duvalier, à devenir l’un des martyrs de la résistance. »

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