Wednesday, April 29, 2009

Les 100 premiers jours du président Haïtien au Palais National

Les 100 premiers jours du président Haïtien au Palais National

A : Dr. Carl GILBERT, Renald LUBERICE, Jacques MALI, l’Humble-Viveur-Expert VAVA

La semaine dernière, j’ai évoqué brièvement selon mes observations une théorie fondée sur l’Histoire récente de 1941 à 2006, la Croisée des Adversaires Politiques au Palais National. En résumé, ce sont les successions de pouvoirs qui enfantent la discontinuité de l’Etat. On recommence toujours à zéro. Exception faite entre 1994 et 2004 avec Jean-Bertrand Aristide (1994-1996), passant par René Préval (1996-2001) puis Jean-Bertrand Aristide (2001 – 2004).

Le pouvoir politique est une affaire d’équipe. Ce n’est pas le scenario où quelqu’un se voit surpris au Salon Jaune du Palais, regardant au Nord comme au Sud, à l’Est et à l’Ouest pour se demander : « Mais… dis donc, je suis seul… appelle-moi Pierre, Jacques et Jean. ». Le Pouvoir se prépare. Il ne doit pas être le produit du hasard. Avant de fouler le sol du Palais National, on devrait avoir dans sa bourse au minimum 25 hommes ou femmes qui sont des experts dans diverses catégories. Un ami à P-au-P appelle ça a « shadow cabinet ». Attention ! Quelqu’un peut être un expert et n’a jamais obtenu un diplôme mais il maîtrise un domaine particulier où il peut fournir de bon « output » pour les besoins de la cause. Un expert peut être aussi un homme/femme de terrain qui sait exactement quoi proposer ou ne pas proposer au Chef de l’Etat dans telle ou telle situation donnée et bingo ! Danm, yes indeed ! Sa se yon bon boul ! Cette équipe de 25 qui est dans sa bourse, on l’identifie et à partir de ce moment, on les réunit pour leur dire «Vous, dans tel rôle... toi, dans telles tâches, apportez-moi rapido presto des propositions sur x,y,z .» Détrompons-nous, le Chef d’Etat sait toujours ce qu’il veut dans certains cas mais puisque l’équipe n’est pas une bande de naïfs sans expérience politique, il sait qui va faire quoi et sur qui il peut compter au moment inattendu.

Le Pouvoir est aussi une affaire de conjoncture et dont on doit se servir comme un art. La conjoncture de 2004 n’est pas celle de 2006, celle de 2009 ne sera pas celle de 2011. Un président issu des élections de novembre 2010 (prochaines présidentielles d’Haïti) aura assez de temps pour préparer son « shadow » Cabinet et mettre sur la table les grands dossiers de la Nation. Des élections de novembre 2010 au 7 février 2011, il a théoriquement assez de temps pour réunir son « shadow cabinet » sur les grands dossiers, donc les grandes priorités.

En Haïti, une fois que le Président est élu, il est submergé de flagorneurs qui lui disent du matin comme au soir qu’il est le plus beau du monde, le plus intelligent et le plus populaire au lieu de construire un « tableau de bord », un « roadmap » et qu’on lui dise : « Excellence, voici la réalité… » Pour cela, je vous propose trois options sur la Sécurité : 1) Donner un ultimatum aux gangs, voici… voilà, comment etc. ; 2) Annoncer les grandes mesures de sécurité, voici… voilà, comment; 3) Négocier avec les « têtes de pont /chefs de gangs », voici… voilà… comment, ainsi que les conséquences. Des trois options, le Chef de l’Etat, selon sa sagesse, son expérience du terrain peut choisir une option ou tout laisser tomber faisant le contraire des propositions qui sont en face de lui.

Ensuite, ce président doit se mettre en tête que l’Etat est extrêmement faible avec 65% du budget National qui dépendent de la Communauté Internationale. Il devra être réaliste et se mettre en tête « Je vais faire ce que je peux, non pas ce que je veux. » par rapport au budget, au manque de ressources, la pression des gens qui ont faim et qui ont besoin du travail « sak vid pa kanpe… e chyen grango pa jwé, leu’l move, se modé’l modé. » La rue a ka cho dans moins de 24 heures. (La chute de Jacques-Edouard Alexis les 7, 8,9 avril 2008)

Il doit être (je répète) réaliste des enjeux majeurs et doit se mettre en tête que tout est URGENT/PRIORITAIRE en Haïti. Il n’a pas en caisses de ressources financières pour démarrer magistralement. Les urgences sont les suivantes et cette liste n’est pas exhaustive :

1) Sécurité: (La sécurité/stabilité est la mère de gros investissements nationaux et internationaux… quels sont les enjeux? PNH, MINUSTAH, Forces Spéciales ?)

2) Environnement : (Que faut-il faire rapidement face à ce mal qui est calamiteux ?)

3) Social : (Quel est l’agenda pour résorber le chômage, la misère à court, moyen, et long terme ?)

4) Politique : (Quid de l’intégration des acteurs politiques dans les grandes décisions nationales ?)

5) Economie : (Macro - bonne gouvernance et Micro - apaisement social etc.)

6) Energétique : (Quelles sont grandes décisions pour la question énergétique ?)

7) La question agricole : (Production nationale car les gens ont faim…Comment les nourrir et dans combien de mois ?)

Bref… la vraie politique ne fait pas sur la place publique. Je ne suis pas candidat à la Présidence… mais le minimum d’expérience que j’ai autour d’un pouvoir, je comprends qu’en Haïti, nous avons fait l’expérience de certains hommes qui arrivent au Palais et qui ne s’étaient jamais préparés pour gérer le pouvoir en équipe –as a dream team - avec une vision claire (court, moyen et long terme), convaincus de la culture et l’exigence des résultats.

La preuve : le bilan des deux régimes successifs n’est pas du tout brillant. Change must come to HAITI.

Cordialement,

Jean-Junior JOSEPH

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